L’impact des réseaux sociaux sur l’opinion publique

Du droit de grève aux médias, les supports de l'expression de l'opinion publique sont nombreux. Il en est un particulièrement qui est apparu avec la révolution numérique : les réseaux sociaux. 43% de la population mondiale y est présente. Doit-on considérer que ces derniers font les opinions publiques ?

 

Aux origines...

Difficile d'imaginer les prémices de la notion d'opinion publique tant elle est implantée dans les démocraties. Pendant la Grèce antique, le peuple débat lors des ecclésias. L'opinion publique est assimilée au terme « doxa » employé par Platon qui l'oppose à l'opinion vraie, celle des philosophes.

Au siècle des Lumières, Jacques Necker, le ministre des finances de Louis XVI prend à témoin l'opinion publique. Il est l'un des premiers à comprendre sa puissance. Jean-Jacques Rousseau lui, l'évoque dans La Lettre à Alembert en la qualifiant de force sociale. En 1789, le principe de la « Libre communication des pensées et des opinions » dans la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen marque la première expérience d'une d'opinion fortement partagée, par le peuple comme l'élite.

L'apparition de la presse, avec les journaux d'opinions, offrent à l'espace public un lieu d'expression. Enfin, le développement des mass médias et plus récemment celui des réseaux sociaux, accroît l'échange d'information et initie de nouveaux rites de communication. L'expression populaire des internautes se fait entendre.

Internet, le cinquième pouvoir.

Outre la capacité de briser les frontières géographiques, les réseaux sociaux cassent les barrières en termes de communication. Ils sont à la solde du lobby citoyen. Les internautes peuvent y partager des pétitions, émettre des appels aux boycotts, contester, ou interpeller les politiciens... Sous la pression d'une communauté hurlante, il faut s'adapter rapidement.

Ils sont aussi à la solde du lobby politique. Lors des dernières élections, ils ont contribué à la montée au pouvoir de partis politiques comme la République en marche ou même le mouvement 5 étoiles en Italie. Ils ont également permis l'ascension de partis plus traditionnels menés par des figures médiatiques, à l'instar de Donald Trump. Avec 56 millions d'abonnés au compteur, il est très actif sur Twitter. Dernièrement, un autre président connecté à fait son apparition, Jair Bolsonaro. Le dirigeant brésilien d’extrême-droite met en scène des moments de vie pour ses 20 millions d'abonnés. Une stratégie rodée pour améliorer son image.

Sous l'influence d'une opinion dominante.

En 1955, Paul Lazarsfeld étudie le comportement électoral. Selon lui, l’influence des médias sur la population se fait en deux temps. Le message est d'abord intercepté par un leader d’opinion qui à son tour, influence son entourage.

La révolution numérique affirme cette théorie avec l’avènement d’Internet et des NTIC. Une présence accrue sur les réseaux sociaux est susceptible de véhiculer des normes à suivre. D'autant plus que l'homme a naturellement tendance à suivre les médias confortant ses propres opinions.

Au travers des médias, le danger d'une opinion publique façonnée n'est jamais loin. Les sondages, à défaut de la refléter, peuvent bien au contraire l'influencer.

D'autres procédés orientent les opinions : la surinformation, la diversion, l'appel à l'émotion à coup de bon ou bad buzz... Dès lors, une pensée dominante émerge. Et parfois, ne pas adhérer à l'opinion collective entraîne des polémiques. Même sur Internet, la liberté d'expression se retrouve parfois happée face au règne de la "bonne pensée". Paradoxalement, des voix peuvent être étouffées dans ce flot incessant.

Au coeur des mouvements sociaux.

Terres promises des mouvements sociaux, les réseaux sociaux affichent l'affrontement d'opinions sociales et politiques divergentes. Et bien souvent, la détermination des internautes paye.

Le 09 février dernier, « La ligue du lol » apparaît dans nos tendances Twitter. Les internautes, consternés, appellent à la démission des journalistes inquiétés. Dans la foulée, Marlène Schiappa twitte le souhait d'allonger le délai de prescription du cyber-harcèlement ; lors de son échange avec l'une des victimes, Florence Porcel.

Toujours actuel, les Gilets Jaunes, un phénomène significatif. Un appel à manifester sur Facebook et pas moins de 876 600 tweets mentionnant le #giletsjaunes ce même week-end du 17 novembre. Très vite, le mouvement s'articule autour de ses représentants et de médias alternatifs (GJ-France, le-vrai-debat.fr/ en face du site gouvernemental granddebat.fr).

À l'image d'une marque, les Gilets jaunes s'emparent des fonctionnalités des réseaux sociaux, devenus les fers de lance du mouvement. Une stratégie bien ficelée pour structurer le discours et organiser les manifestations. Sur la page Facebook « Vécu » ils réalisent notamment leurs propres interviews et font l'information à leur façon. Sur Discord, ils créent des serveurs pour assurer des échanges plus discrets, diffuser des radios libre et des trajets de covoiturage.

Le résultat d'une confiance en chute libre des français envers les médias classiques. La crise des "gilets jaunes" est clairement symptomatique de cette méfiance.

Les réseaux sociaux à l'international.

Si on s'éloigne de nos références occidentales, Vkontakte est le réseau social majoritairement utilisé en Russie. Les gilets jaunes y trouveraient même refuge pour fuir la censure de Facebook.

Tencent Qzone lui, compte pas moins de 632 millions d'abonnés chinois. Le parti communiste ne régit plus la vie quotidienne des citoyens. Il y a tout juste un an, les internautes détournent la censure pour protester contre le maintien au pouvoir de Xi Jinping.

En Iran, on est fan d'Instagram. Le président, Hassan Rouhani compte 2 millions d'abonnés. Oui mais... le Conseil National du cyberespace iranien vient d'approuver son interdiction. Les médias sociaux peuvent être utilisés pour diffuser des messages anti gouvernementaux, ce qui est un problème de sécurité nationale. Twitter, Facebook, YouTube et Telegram étant déjà interdits en République islamique.

Facebook reste le leader, la France comptait 38 millions d'utilisateurs actifs en 2018. Même si la radio reste le média favori des français, les réseaux sociaux tendent à devenir l'une des principales sources d’information à l'échelle mondiale. Les usages évoluent vite, d'autant plus avec l'utilisation du mobile qui explose.

Le terrain reste néanmoins propice à la désinformation. En Novembre 2018, le Parlement a adopté deux propositions de loi concernant les fakes news. En vigueur d'ici mai 2019 pour les élections européennes, les candidats pourront demander la suppression des fausses informations sur les réseaux sociaux. Une décision controversée qui soulève la question de la censure et du contrôle de l'opinion publique...

 

Sources : Francesoir.fr / Médiapart / Blogdumoderateur.com / LExpress.fr / Kantar.com / Wikipédia / Sénat.fr / Clubic.com / La-croix.com / Franceinter.fr / Lemonde.fr / Lepoint.fr / Digitalsobe.com / Rfi.fr / Scribd.com / Francetvinfo.fr

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